Généalogie |
Portraits de femmes |
Portraits d'hommes |
Portraits d'enfants |
Dessins |
Pastels |
Paysages |
Divers |
XIXe |
XXe |
XXIe |
Citations |
Critiques |
Ouvrages |
Cartes postales |
une |
Recherches 1 |
Recherches 2 |
Recherches 3 |
Jean Lorrain Intime - Albin Michel
Normandy, Georges
1928
p.71 – "On a lu le nom de Salis. Depuis quelque dix-huit mois, l’étonnant ‘gentilhomme cabaretier’ avait fondé le Chat-Noir, deux pièces ressemblant plus à un atelier d’artiste qu’à un estaminet, sur les bancs et les chaises rustiques duquel vinrent s’asseoir d’abord les membres du groupe des Hydropathes, inventé par Emile Goudeau : Edouard Rod, Edmond Haraucourt, venu de son Bourmont hautmarnais, Maurice Rollinat, Charles Cros, Félicien Champsaur, Alphonse Allais, George Auriol, A. de La Gandara, Jean Moréas, Marie Krysinska, (…)"
p.124 – "La première fois que je vis Jean Lorrain, conte Sylvain Bonmariage, ce fut voici longtemps – j’avais dix-huit ans, je crois, - rue Monsieur-le-Prince, dans l’atelier de La Gandara.
La Gandara peignait alors le portrait du maître. Jean Lorrain venait poser tous les jours, et une société aussi bariolée que le bric-à-brac de l’atelier assistait à la séance.
La Gandara donnait dix coups de pinceau puis allumait un cigare, s’allongeait sur son divan. On bavardait un quart d’heure. Le peintre se remettait ensuite au travail pendant dix minutes pour s’allonger à nouveau… La Gandara travaillait ‘à la paresseuse’ comme il aimait, disait-il, à faire beaucoup de choses.
Donc, ce jour-là, j’étais chez La Gandara avec un autre étudiant en droit, M. Saurer, aujourd’hui, je crois, juge d’instruction à Alger. Il y avait aussi le comte de Robiac qui a racheté par une mort héroïque, sur la terre d’Alsace, l’étroitesse de son esprit. Enfin deux dames auprès desquelles Robiac se prodiguait.
Jean Lorrain parut dans l’atelier. Il était précédé d’une dame âgée, habillée de mauve, perruquée à la mode de 1842, et qui portait au bras un perroquet vert. Jean Lorrain la suivait à petits pas.
Une jaquette trop serrée, mais très habillement coupée parvenait, malgré un commencement d’embonpoint, à lui donner une taille fine. La cravate, retenue par une énorme perle, était verte. Pantalon gris. Bottines de daim gris. Un jeu de bagues complexes aux mains. Si vous ajoutez à ces détails que le maître était fardé, pommadé, frisé, la bouche trop rouge en cœur, vous comprenez peut-être ce que je veux dire en déclarant qu’il produisait, à la lumière de l’atelier, l’impression d’un gros scarabée.
Précédé de la dame au perroquet, Jean Lorrain arrivait à petits pas dans la pièce immense. – Antonio, s’écria de Robiac en se tournant vers La Gandara et en désignant l’oiseau des îles, présentez-moi le premier, mais pas le second.
Il y eut un froid. Le peintre se précipita vers l’écrivain. Mais Lorrain, sans perdre son calme, dit à l’écervelé :
-Monsieur, je joue mon personnage. Vous avez joué le vôtre à merveille. Personne n’ignore plus que c’est celui d’un homme mal éduqué. M. de Robiac se retira et Lorrain eut les rieurs de son côté."
p.225 - Note : "Quelques détails sur la genèse de ce portrait fameux encore que peu ressemblant mais volontairement théâtral. Maurice Verne a fait un croquis exact et amusant des séances de pose.
'L’écrivain dictait ses chroniques et ses romans à ses singuliers secrétaires. Mais il s’animait à ce jeu, finissait par mimer ses personnages. La lutte devenait épique avec La Gandara.
Il y eut pire. Jean Lorrain, qui n’avait pas la coquetterie des cheveux blancs, se faisait teindre. Il n’était d’ailleurs jamais satisfait à ce sujet, et son coiffeur lui découvrait plusieurs fois par semaine une teinture nouvelle – de plus en plus fort !
'Je le voyais un après-midi avec des cheveux verts, me racontait La Gandara, le lendemain ceux-ci étaient jaunes, puis ils passaient au mauve, au roux vénitien… la physionomie changeait chaque fois, me fondait entre les mains… Je dus trouver un moyen héroïque. Sur un morceau de toile, je fis la teinte exacte des cheveux : Voilà, lui dis-je avec autorité, voilà ce qu’il nous faut !… Lorrain, qui n’avait de parti pris que contre les cheveux blancs, porta l’échantillon chez le coiffeur… j’eux des cheveux à peu près pareils jusqu’à la fin des séances' "
p.133 – "C’était l’époque heureuse où l’on baptisait les Parisiens en vue de façon si plaisante : Arthur Meyer : Arthurenne de Meyer (…) Le jour où Jean Lorrain décerna au peintre La Gandara (qui terminait de lui un portrait fameux) le sobriquet de Veulasquez, un intime glissa : Dites-moi, Lorrain, vous qui donnez de terribles surnoms à tout le monde savez-vous qu’on en a trouvé un pour vous ?
Lequel ? Vous m’affriolez… ‘L’Homme qui n’a pas fait rire le Shah"
p.154 – "(…) le programme d’une soirée consacrée à Jean Lorrain, à Nice; - ce qui ne l’empêcha pas de faire une critique des salons de peinture, où figura son théâtral portrait , par Antonio de la Gandara, ce portrait duquel Sylvain Bonmariage nous a parlé déjà, - aujourd’hui, il est chez Monsieur G. à Anet (Eure-et-Loire), - La Gandara que certains, en raison de son allure assez tunisienne et de sa nonchalance affectée, surnommaient ‘La Gandourah’ mais que Lorrain baptisa ‘Veulasquez’."
p.176 - Lettre de M. Moulard, secrétaire de Lorrain, à sa mère
"(…) Le lendemain, vendredi, j’arrivais à sept heure et demie. Je restais auprès de M. Lorrain jusqu’à ce que M. Pozzi vînt. A dix heures, il arriva, puis après l’avoir examiné, il m’appela dans le corridor. Aussitôt que je vis ce signe, je sentis que celui pour qui j’avais tant de reconnaissance était perdu. En effet, M. Pozzi me dit de vous télégraphier de suite. – Je revins auprès de M. et je lui demandais s’il voulait que je dise à plusieurs personnes de venir le voir. Je citais les noms : M. Beulé, M. de la Gandara, M. Uzanne, Mme Muhlfeld, Mme Sauret. Il me répéta plusieurs fois, non."
p.215 - Note : "Comité du monument à Jean Lorrain (1907).- Président, M. Paul Adam ; Membres, MM. Le docteur Pozzi et Robin ; Gabriel Fauré, Henri Letellier, Maurice Donnay, Henri de Régnier, Henry Bataille, Georges Lecomte, Jean de Bonnefon, Laurent Tailhade, Henry Kistemaeckers, René Boylesve, Robert Scheffer, Max Maurey, Michel Georges-Michel, Antonio de la Gandara, Cappiello, Sem, G. Normandy, secrétaire, etc."
p.230 - (note de fin de volume – description des funérailles de Jean Lorrain dans une petite église du quartier des Ternes, par Michel Georges-Michel dans le Gil Blas du 5 juillet 1906)
"(…) A côté de Mme Duval, la mère de Jean Lorrain, se tenaient Paul Adam, Henri de Régnier, Henry Letellier, A. de la Gandara, qui tout à l’heure prendront les cordons du poêle. (…) A la sortie de l’église, il pleut. Le convoi se dirige vers la gare Saint-Lazare. Lamentable, il arrive dans le hall de la rue de Saint-Pétersbourg. C’est devant une quinzaine de personnes seulement, des fervents qui ont suivi quand même : Gustave Coquiot, Gustave Kahn, Max Maurey, Maurice Beaubourg, Ch. Esquier, Melle de Cléry,, Marcelle Bordo, René Blum, Paul Adam, Letellier, de Régnier, La Gandara, un peu de la famille, et un timide bohème, que le cercueil a été mis en fourgon."
RETOUR A « CRITIQUES »