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Gil Blas
Article de Gustave Coquiot
Le 21 aout 1899
La Plume (Monographie d’Antonio de La Gandara)
Article de Gustave Coquiot
1902
"A. DE LA GANDARA, Oh! les désirs, les désirs impérieux comme une hantise, les désirs qui vous font partir en hâte vers des visages aimés, vers des sites où l'on a laissé aux branches des fils de plaisir et de joie, les désirs des effigies peintes ou modelées, les désirs de retrouver au Musée du Prado la gloire de Velasquez, à San-Antonio de la Florida les fresques de Goya, à Florence, les bustes des terribles Césars! Pourquoi suis-je, ce matin, comme angoissé par l'art suprême de La Gandara, après avoir lu des histoires de princesses amoureuses dans les parcs compliqués des Shoguns? Et pourquoi, me voici m'acheminant vers l'atelier de ce peintre à qui je ne fus point présenté, et que je puis importuner peut-être? Pourquoi ces raisons ne me retiennent-elles pas?
Et pourquoi suis-je aussi 'un qui suit la chimère' un qui va vers des portraits de grandes dames et vers la splendeur des Jardins, comme çà, ce matin; plutôt que demain? Pourquoi encore me suis-je étourdi à lire des contes où les épithètes sont savoureuses et belles comme des fruits de rêve? Pourquoi ai-je écouté dans les allées multicolores les pas cérémonieux des Daïris? Pourquoi ai-je trop songé aux princesses exotiques, à la félinité de leurs lignes et aux gestes savants des traditions lointaines?
Ce temps est si bas! Ce livre de contes japonais, je me souviens que je l'ai pris avec entrain, amusé des incomparables jardins-jouets que l'on allait me décrire; et, à cette aube, après avoir lu des histoires de princesses, dont la peau est douce comme l'ivoire et rouge comme le safran, me voici désireux de revoir d'autres beaux visages, des effigies si longuement regardées au hasard des expositions, tant de souvenirs des prouesses de La Gandara.
Antonio de La Gandara, né à Paris, disent les catalogues de la Société nationale: mais ce nom est de Castille ou d'Aragon; et moi, qui fus l'hôte des monts et des plaines d'Ibérie, j'ai longuement regardé le visage fin et pâle qui m'accueillait; fin et pâle, avec l'estampille de la race, ce tant d'énergie concentré dans l'attitude cambrée des peuples du soleil, et j'ai songé, tout de suite, au portrait de Velázquez qui est la renommée du musée de Valencia.
Et, tandis que le Maître me retient en son atelier ample et grave, avec, comme seul décor, des portraits dressés sur le parquet luisant, et au mur un fragment de Panathénées, je revois rapidement son œuvre; ses effigies du Gotha, ses aspects de paros et ses dessins; et c'est tout un ensemble de véridiques merveilles, simplement accomplies, sans ruse, sans artifice, que je songe à un ensemble d'une simplification étonnante en ce temps de procédés et de recettes, que des livres recueillent et que des personnages d'Académie proclament. Ah ! Cette année encore, comme ils nous surprirent et nous ravirent - rappelez-vous — les portraits de la princesse de Caraman-Chimay, de Mme Rémy Salvator et de Mlle Henriette Fouquier; et songez aussi aux études de vieille femme et de vieil homme venues là, au-dessous de l'attrait d'un coin de parc. Rappelez-vous — ces détails sont au reste précis — la beauté des poses, la grâce des gestes, l'éclat des chairs, le sortilège prenant des physionomies, des âmes pour mieux dire que dévoilaient les bouches fleuries et les yeux bien appuyés sur les vôtres: la princesse de Caraman-Chimay, la princesse en rose à la petite tête redressée hautainement; Mme Rémy Salvator et sa grâce cavalière d'infante; Mlle Henriette Fouquier, un peu grave dans son allure à la Gainsborough. Puis les vieux, cette habileté toile de peintre, et cet aspect adorable de parc, nuancé de tant de beauté reposée.
Melle Hahn Melle Fouquier Mme Rémy Salvator
Evoquez D. Diego de Silva Velázquez, le peintre sublime du monde! Evoquez de grands Anglais, et Lawrence, et Reynolds! Mais ne songez pas à Nattier, car voilà une exécution plus directe, plus instinctive, une exécution surtout ennemie du maniérisme et du mensonge.
Vous verrez en ce sens, prochainement, les portraits de la grande-duchesse de Mecklembourg et de la comtesse de Noailles. La grande-duchesse, debout simplement vêtue d'une robe de satin paille et décolletée, laisse tomber ses bras sous le poids d'une fleur: mais je ne puis dire l'éclat de ses épaules charnues et roses, le port charmant de la tête heureuse; le modelé des bras, cette chair nacrée et spéciale dont Prud'hon a gratifié son impératrice Joséphine, puis quelle emprise d'aristocratie! Oh! rien d'altier ni d'insolent, mais la magnificence simplement exprimée des races du Nord, si laiteuses et si blondes.
La comtesse de Noailles, à côté, est princesse grecque, venue des frises du Parthénon, et son fin visage est joliment casqué du chignon que ceint la bandelette classique. Je songe, en regardant tant de magie et tant de beauté, tant de souplesse exercée, ces yeux si purs, cette poitrine petite fleurie d'un hortensia bleu, ces plis de robe menus et serrés au galbe des hanches, et toute la grâce des bras appuyés sur les coussins, je songe aux vierges de Phidias, à la splendeur de la Hellade, et voici que me reviennent en mémoire ces phrases de la Tentation de Saint Antoine : 'Au mois d'Hécatombéon, mon peuple entier se portait vers moi, conduit par ses magistrats et par ses prêtres. Puis s'avançaient en robes blanches avec des chitons d'or, les longues files des vierges tenant des coupes, des corbeilles, des parasols; puis, les trois cents bœufs du sacrifice, des vieillards agitant des rameaux verts, des soldats entrechoquant leurs armures, des éphèbes chantant des hymnes, des joueurs de flûte, des joueurs de lyre, des rhapsodes, des danseuses, enfin, au mât d'une trirème marchant sur des roues, son grand voile brodé par des vierges, qu'on aurait nourries pendant un an d'une façon particulière; et quand il s'était montré dans toutes les rues, toutes les places et devant tous les temps, au milieu du cortège psalmodiant toujours, il montait pas à pas la colline de l'Acropole, frôlait les Propylées, et entrait au Parthénon.'
Et c'est, vraiment, l'évocation de ce passé merveilleux, mieux, peut-être, l'enchantement des villes d'Ionie, où le charme de la Hellade s'était réfugiée cette comtesse de Noailles, que je veux aussi respectueusement appeler la Fleur des lycées d'Argos et de Mytilène.
De la Gandara ! Le seul fils légitime de Velázquez."
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