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Jean Lorrain ou le Satiricon 1900 - Ed. Fayard, 1974

Philippe Jullian

1974


p.196 – "(…) Quand Mme Duval arriva, Lorrain qui était alors le journaliste le mieux payé de Paris, l’envoya chez les grands couturiers, lui acheta des fourrures. Elle avait du goût, de l’allure et, sans tâcher de se rajeunir, devint si élégante que son fils demanda à La Gandara de faire son portrait, quelque chose un peu XVIIIème au pastel, cheveux gris comme poudrés, chapeau Marie-Antoinette, robe incrustée de dentelle noire."


Pauline Duvalp. 226 – "(…) Tant de mépris a donné du caractère à un visage ravagé par les plaisirs et leurs séquelles. Le pieux biographe de Lorrain, Georges Normandy, a tracé de lui ce beau portrait, exacte description du chef-d’œuvre de la Gandara qui, au Salon de 1895, narguait le Tout-Paris : ‘Les yeux pesants, meurtris d’avoir trop regardé ; le menton volontaire et brutal ; les lèvres d’un sensualisme violent que dément l’impertinence du nez accroché au front bref sous l’avancée des cheveux teints au henné, un front terrible, à l’ossature rude, vallonnée, un front douloureusement crispé raviné, obsédé, effrayant un peu, sillonné de veines turgescentes et contenant dans la caverne énorme des arcades sourcilières des prunelles glauques, caressantes, exténuées et comme défaillantes en une interminable agonie ; une élégance exceptionnelle et recherchée dans le costume, mais, malgré tant d’étude, ne bannissant pas de sa démarche un léger roulement d’épaules, héritage d’une ascendance de marins : la tête vissée dans le faux col et les mains voltigeantes en gestes souples – les mains assez longues mais grosses, les mains 'peuple' bossuées de bagues étranges, mains fuyantes mais solides plus capables d’étrangler un agresseur que de serrer les doigts d’un flagorneur’"


p. 245 – "(…) Plus proche de Whistler par ses harmonies de gris et de blanc, par l’élégance de ses modèles, par un commun amour pour Vélasquez, était Antonio de la Gandara, grand ami pendant des années en dépit de quelques rosseries, tels ces surnoms de ‘Veulasquez’ ou de ‘La Gandourah’. Le premier s’explique par la facilité du peintre confinant parfois à la gravure de mode, le second par sa beauté de lévrier nonchalamment étalé sur les divans de son atelier. Les chroniques foisonnaient de louanges.


Lorrain passa bien des heures dans l’atelier situé à l’angle de la rue de l’Ecole-de-Médecine et de la rue Racine. Parfois il accompagnait une belle dame qui posait, parfois il y cherchait refuge, poursuivi par quelque voyou, et il fallait guetter pour s’assurer que l’importun était bien repart : ‘Vraiment, Jean, vous n’êtes pas raisonnable, disait Mme de la Gandara qui, selon Goncourt, ressemblait à un page de Benozzo Gozzoli. – Il finira par se lasser, disait Lorrain s’épongeant le front avec un foulard empestant l’éther ; ne vous occupez pas de moi, j’ai un article à finir.’ Peu après, le secrétaire Moullard arrivait affolé. ‘Ce n’est rien, mon bon’ (…) [Lorrain] avait certainement un faible pour le beau sud-américain, aux yeux verts et à la moustache d’un blond fauve, qui, lui, adorait les femmes. Cette intimité avec les La Gandara permit au peintre de donner la mesure de son talent ; il fit en 1898 un magnifique portrait de Lorrain, qui pourrait être le portrait de Dorian Gray saisit au moment de la métamorphose ; l’exquis et l’horrible s’y côtoient.


A côté de La Gandara, Helleu, ‘très XVIème’ lui servit surtout à situer un certain genre de snobinettes. (…)"


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