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Le Bal du Pré Catelan
From Albert Flament
December 31st, 1896
"Chez Daudet, je cause avec Aman-Jean et Antonio de la Gandara, qui me dit, de sa voix un peu sourde qu’étouffe le brouhaha emplissant ce dernier soir de l’année le salon de la rue Bellechasse : ‘Il faut être classique quand on est jeune. On a toujours le temps de devenir original et personnel ! D’abord, faire beaucoup d’académies… Chez les jeunes gens, la sensation n’est jamais aussi profonde que chez l’homme ; aussi, l’acquis de la jeunesse est-il nécessaire pour rendre la sensation éprouvée par l’homme, en pleine possession de lui-même… Il faut achever un morceau en une séance et ne jamais perdre la préoccupation que le public puisse croire que le tableau fut peint en deux heures.’ Je lui parle de la robe de soie, sur son portrait de Mme Guillaume Beer, au Salon, cette année. Il me répond, avec la conviction d’un homme sûr de lui, et dans le geste ralenti, avec l’élocution lente d’un garçon qui veut se façonner au monde, sans la déplaisante bonhomie du rapin, si souvent gonflée de vanité : - ‘Oui, n’est-ce pas ? on croirait de l’aquarelle. Pour y parvenir, il faut des dessous très solides… Je suis content que cela vous ait plu…’. Et il me dit encore qu’il a toujours plusieurs tableaux commencés.
Sur Carrière : - ‘Il est très fort, c’est un véritable peintre et un lithographe merveilleux.’ Sur Vélasquez, comme je l’interrogeais : ‘- ‘C’est le Dieu de la peinture, supérieur à Franz Hals… ‘ (…) Dans La Gandara, il y a un homme qui voudrait et qui peut-être pouvait devenir un maître, mais auquel il manque, heureusement, ce qui est insupportable chez tant d’autres."
L’Intransigeant
June 19th, 1926
"Le sort des portraits est grand et misérable. Leurs préliminaires sont enivrants, pour le modèle et pour le peintre - avant et pendant la première séance. L’un et l’autre croient au chef-d’œuvre. Ils touchent à cet inconnu qui, toujours, se refuse dès qu’on soulève le voile qui le couvrait. Que l’on soit Pasteur, Branly ou poète, un alexandrin tire un vaste rideau qui cachait l’univers, comme une goutte de sérum nous montre une humanité de géants et de dieux. Le portraitiste songe à Raphaël... ou à Rommey - peu importe. Il évoque un musée, tandis que la femme qui pose songe au sourire de lady Hamilton sur ses portraits, à celui de la Du Barry (qui devint femme du monde pour cette bonne Vigée), ou même à ce doux rictus, mathématique et voilé comme un problème d’astrologue, qui confirma l’immortalité à Mona Lisa, la Joconde. Le sort des portraits est misérable lorsqu’ils deviennent, si l’on peut dire, adultes ou dès qu'ils atteignent l’âge de raison - sept ans. Le modèle ne se trouve plus à la mode. Les cheveux sont longs et font dater la toile. Un jour, les toiles dateront à cause des cheveux courts!... Des gens ont défilé devant elle. Ils ont donné leur avis... leur avis de... 'gens', c’est-à-dire celui de passants égoïstes, bornés et pareillement dépourvus de culture et de sensibilité. Ce qui fait qu’ils demeurent à jamais des gens et ne seront jamais quelqu’un.
Le modèle vieillit et, plus il vieillit, plus il voudrait que son portrait fût jeune et continuât de lui ressembler. Le sort des portraits est grand, il commence à le devenir, lorsque les modèles d’après lesquels ils furent exécutés ont disparu. Ils entrent, alors, comme les grands politiques et les guerriers, dans l’Histoire, dans leur Histoire. Ils passent à des ventes publiques. Des musées s’ouvrent devant eux. On les admet dans des familles, qui leur sont étrangères, où ils étincellent d'une 'grâce' qui évoque ces temps anciens, qui paraissent toujours meilleurs à l’homme, à l’homme qui éprouve tellement la crainte du lendemain qu’il en oublie de goûter la minute présente et n’avance plus que la tête tournée, derrière lui. Je songe à cette fortune, à ces déboires, à ces mécomptes qui attendent les portraits sur la route où la main d’un peintre les a placés, en visitant, à la Palette Française, l’exposition de quelques œuvres d’Antonio de la Gandara, mort il y a dix ans à peine.
De son vivant, dès la jeunesse - quarante ans - La Gandara connut le succès, Les femmes voulurent qu’il les peignît. Il donnait de la morbidesse à leurs tulles mêmes et elles semblaient sortir, à la fois de chez Pluton et de chez Doucet. Il les baignait dans une atmosphère blonde, conquise à la pointe d’un pinceau moins fougueux qu’il ne semblait. Mais elles se sentaient devenir là quelque peu nièces des Infantes du Prado. La Gandara eut le sens de l’élégance. Il est trop tôt pour le juger. Il nous montre des dames que nous connais sons encore avec les cheveux coupés et qui exhibent, depuis le genou, des jambes grêles et qu’il peignait en de longues jupes, la taille gainée par un corset où le tulle dissimulait le laiton. Leurs cheveux surmontaient leur tête étroite, aux tempes tirées. Elles aimaient ou il aimait pour elles — ce qui revient au même, à distance - les roses sur la gorge et au creux de l’estomac. Elles portaient des gants et elles se fardaient de blanc, pour paraître plus lunaires. Jean Lorrain, qui, avait un certain sens de l’élégance et un goût plus certain pour la décomposition, louait et aimait passionnément ces effigies. La Gandara plaisait à sa clientèle féminine. Il était brun, très brun, avec de grands yeux gris bleus, qui surprenaient. Alphonse Daudet avait dit de lui, à l’un de ses mardis soir: 'Ses yeux de valse mexicaine! ' En ce temps-là, le tango n’était pas connu à Paris.
L’atelier de la rue Monsieur-le-Prince était gris. Il y flottait des ombres qui semblaient éternelles, sur de longs divans d’acajou évoquant Récamier au temps de Praxitèle. Quelques bas-reliefs antiques se confondaient avec la muraille, derrière deux orangers en caisse, qui avaient séché et qui semblaient découpés dans des cuirs de Cordoue. Gandara portait un veston de velours noir qui lui moulait le torse. J’ai vu là des portraits de Mme Gautreau, dont le profil alors créait des émeutes à des garden parties de l’Elysée; des effigies de Sarah Bernhardt. Beaucoup d’autres... J’imagine que, dans vingt-cinq ans, des gens de goût pourront faire une très intéressante rétrospective de la Gandara. On songera qu’il vivait au temps de Renoir et de Besnard, de Lautrec et de Degas. On discutera. Ces toiles feront parler... Faire parler, n’est-ce pas tout le but des expositions de peintres?... Heureux, lorsque, par surcroît, elles nous font aussi rêver."